Les mardis de l'Architecture et de la Ville sont des débats libres et publics entre décideurs, acteurs et usagers de l'architecture et de la ville sur toutes les questions touchant aux aménagements architecturaux, urbains et territoriaux concernant Toulouse et sa région.

Débats organisés par l'AERA cinq fois par an, animés par Stéphane Gruet, architecte, philosophe.

 

2016

 

M e r c r e d i   1 7   f é v r i e r    2  0 1 6    à    1 8 h 3 0

 

"ACCÉDER AUTREMENT À L'HABITAT…  pour faire la ville !"

 

le DÉBAT aura lieu à BALMA

Résidence CALLISTO

8 rue Marcel Pagnol, 31130 Balma

 

De l’habitat à la ville, il y a ce même rapport qui lie l’individu à la société. “C’est avec des maisons que l’on fait une ville, et c’est avec des citoyens que l’on fait une cité” disait déjà Rousseau.

Dès lors, on ne fait pas une ville avec des “cages à lapins”, pas plus que l’on ne fait une société d’un élevage industriel de poulets.

L’urbanisme réglementaire en ZAC, comme en ZUP, ne fait pas non plus une ville. Ce sont les hommes, comme disait Cerda, par leur association qui font la ville. Et s’il faut bien sûr que tous trouvent à se loger, ne faut-il pas de plus qu’ils y soient bien, qu’ils se sentent “chez eux” ? N’est-ce pas, en effet, à mesure qu’ils s’approprient leur habitat individuel et collectif, qu’ils prennent peu à peu part à la vie de leur cité ? Pour habiter une ville, il faut en effet que les habitants s’y sentent engagés, se l’approprient et la partagent, qu’ils s’y enracinent dans leur être et leur avoir indissociablement. Ce pourquoi la propriété, quelle que soit sa forme, mis à part les risques économiques, a souvent été tenue pour vertueuse sur le plan d’un développement social durable.

Les logements et hébergements temporaires, les cités-dortoirs, logements par défaut que l’on quitte au plus vite pour trouver mieux ailleurs, les investissements locatifs défiscalisés, en copropriété qui bientôt se dégradent, le locatif social lui-même lorsqu’il concentre en certains lieux des populations en difficulté, ces logements ne font pas la ville, ils la défont. Cette façon de loger les gens décourage les échanges qui fondent la ville, ils découragent les investissements humains comme économiques, et accélèrent le tri social : “On ne vous loge pas on vous stocke” trouvait-on écrit déjà dans les années 70 sur les murs du Mirail.

Peu importent les belles images, les vastes espaces verts, la bonne qualité des constructions, le prix et les infrastructures “livrées” à l’instant T au “meilleur prix”, c’est seulement alors que le quartier prend vie, que l’on commence à “faire ville” avec des hommes et non seulement des murs. Et c’est leur histoire qui fera la valeur du quartier. C’est cette histoire humaine qui fera que l’on y viendra vivre ou que peu à peu l’on quittera ce quartier. C’est ce savoir vivre ensemble, cette attention de tous au bon entretien et à la bonne gestion des espaces communs, publics ou privés, cette influence des hommes et de la vie sur les formes urbaines conçues pour la recevoir, qui déterminera à terme “l’image” du quartier.

N’est-ce pas, en effet, du “partage de l’espace”, de la “participation” de chacun à la vie collective, que naît une “communauté urbaine” qui soit une communauté humaine, une grande famille de voisins à laquelle on s’attache avec le temps lorsqu’on prend le temps de l’échange et du partage ? N’est-ce pas ce “commerce des hommes” qui n’est pas nécessairement marchand, qui les enrichit et d’où naissent les solidarités sociales et le goût du vivre ensemble ?

Si donc nous voulons “faire ville” en cette époque post-industrielle où nous devons réinventer la société urbaine de demain, plus coopérative, plus vivante et solidaire, plus économique et écologique, ne faut-il pas changer nos manières de produire et de gérer notre habitat individuel et collectif, afin que les hommes qui sont au commencement et à la fin de toute ville, donnent vie à une ville désirable ?

Ne faut-il pas lutter contre la ségrégation sociale territoriale qui forme les ghettos en donnant les moyens aux plus modestes, auxquels les banques refusent leur confiance, d’accéder également, en toute sécurité, à un habitat durable ?

 

C’est aujourd’hui possible avec les nouveaux modes d’accession sociale à la propriété. Plutôt que de miser sur la spéculation financière et fiscale dont chacun sait qu’en dopant la production immobilière, elle tue la ville. N’est-il pas urgent, dès lors que les solutions existent, de miser sur l’accession sociale à la propriété et sur la participation de tous pour “faire ville” ensemble ?

L’habitat participatif, sous ses formes les mieux maîtrisées, qui remet l’homme au commencement et au centre du projet, n’est-il pas dès lors un des moyens privilégiés de faire la ville ? Afin que de la crise que nous traversons renaisse la ville.

 

2015

 

M a r d i   1 5   d é c e m b r e   2 0 1 5
 

"HABITER LE MIRAIL : peut-on parier sur le renouvellement du quartier ?"

 

le DÉBAT aura lieu à

Centre culturel ALBAN MINVILLE

1, place Martin-Luther-King, 31100 Toulouse

 

Avec la participation de 
Franck BIASOTTO, Maire adjoint au quartier, vice-président de la commission habitat de Toulouse Métropole
Alain MARGUERIT, Paysagiste, urbaniste, en charge du projet de Reynerie
Louis CANIZARES, Architecte, urbaniste “Dessein de ville”, en charge du projet de Bellefontaine
Pascal FAURE, Directeur adjoint Ressources & Territoires, Centre de ressource politique de la ville
Hafid EL ALAOUI, Habitant et co-fondateur de la Maison de quartier de Bagatelle
Jacques DELAMONT, Président de la Régie de quartier Bellefontaine
Jacques COLOMBIÉ, Administrateur de l’AERA, ancien président de l’association des copropriétaires de Bellefontaine

 

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Le Mirail fut l’expérience urbaine majeure des architectes du Team Ten, la seconde génération moderne, résolument critiques du premier urbanisme de la Charte d’Athènes, engagés, dès les années 50 pour restaurer la dimension sociale et temporelle, la mixité sociale et générationnelle, l’échelle humaine, les échanges et la convivialité des villes traditionnelles avec leurs rues, dans une conception radicalement renouvelée de l’habitat et de la ville.

Mais cet “urbanisme à visage humain”, comme disait la presse de l’époque, a suivi finalement le même destin que n’importe laquelle des ZUP françaises. Alors que toute ville, par nature, se renouvelle sur elle-même, Le Mirail semble, à peine achevé, s’être figé hors du temps, tandis que la spirale de la dévalorisation sociale et immobilière et le tri social n’ont cessé depuis leur œuvre dégradante.

Trente ans plus tard, on songeait déjà qu’il faudrait tout reprendre à zéro.

Après les émeutes de 1998 et 99 (suivies de celles de 2005 et 2007 en écho à celles de la région parisienne), après les programmes successifs de “politiques de la ville” : DSU, DSQ, GPV, GPU, PNRU, et autres GUP et CUCS (Développement Social des Quartiers/Urbain, Grands Projets de Ville/Urbain, Plans Nationaux de Rénovation Urbaine, Gestion Urbaine de Proximité, Contrat Urbain de Cohésion Sociale)…, 50 ans après le lancement du chantier, 15 ans après l’annonce du Grand Projet de Ville, la mixité tant attendue est-elle au rendez-vous ? Quelle politique, quels investissements, quels moyens, quelles stratégies ont été engagés pour inverser la terrible spirale de la dévalorisation et créer enfin les conditions d’un véritable renouvellement du Mirail ?

Suite au lancement de tant d’opérations d’urbanisme réparateur, de projets successifs à partir de 2003 de la dite “rénovation urbaine”, de démolitions, de reconstructions ou de rénovation… Jusqu’à l’effacement progressif prévu à Reynerie de la totalité des immeubles du plan Candilis, avons-nous enfin de bonnes raisons d’espérer le renouvellement de ce quartier de Toulouse ?

Qui est prêt aujourd’hui à parier sur le renouvellement du quartier ? Qui est prêt à aller y vivre, à s’y investir/à y investir ? Car il faudra bien un jour que ce quartier de Toulouse se fonde tout à fait dans la métropole, se banalise, que le temps et la vie y reprennent leurs droits.

Que nous faut-il encore pour y croire, pour que tout un chacun puisse s’y projeter dans un avenir plus heureux ?

 

 

M a r d i   2 3   n o v e m b r e   2 0 1 5
 

"HABITAT PARTICIPATIF : un habitat accessible à tous ?"


le DÉBAT aura lieu à DARWIN Éco-système, Bordeaux

87, quai des Queyries, 33000 Bordeaux


Les intervenants :
Solène CHAZAL, conseillère municipale déléguée au logement et vice-présidente du réseau national des collectivités pour l’habitat participatif,

Loris DE ZORZI, directeur général d’AXANIS
Mélanie DARROMAN, chargée de projet Le COL, agence de Bordeaux
Hugues JOINEAU, architecte de La Ruche, agence Dauphins architecture
Cyrille POY, président des Cityzens
Bruno FLOQUET et Jérome GONIN, futurs habitants du projet Terra Arte
Martine LEHERPEUR et Raoul TOESCA, des associations H’Nord et Boboyakas, et du réseau At'Coop

 

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M a r d i   2 0   o c t o b r e   2 0 1 5

 

"Faire ville : COMMENT HABITER UN NOUVEAU QUARTIER ?"

 

ATTENTION :

le DÉBAT aura lieu à L'ESPACE CARTOUCHERIE

181 avenue de Grande Bretagne - Tram T1, arrêt Casselardit, Bus 45 ou 64, arrêt Casselardit

 

Avec la participation de :
• Jean-Luc LAGLEIZE, Adjoint au Maire délégué aux opérations de développement urbanistique, Président de la Commission Aménagement et Politique Foncière de Toulouse Métropole
Marthe MARTI, Maire de quartier Fontaines-Bayonne-Cartoucherie

• Laurence CASALIS, Adjointe au Maire de Colomiers, déléguée à la rénovation urbaine, à l'urbanisme, à l'habitat et à l'environnement
• Emmanuel DE SEVERAC, Dir. général délégué, OPPIDEA
• Jean-Pierre COLTAT Dir. général de la SA des Chalets
• Patrick SAINT-AGNE, Président  de la FPI Midi-Pyrénées
• Philippe GONCALVES, Président de l’Ordre des architectes Midi-Pyrénées
• Luc Monnin, Président UNSFA  31 (Union Nat. des Syndicats Français d’Architecture)
• Céline LOUDIER-MALGOUYRES, Sociologue-Urbaniste, APUMP

Uli SEHER, Cogérant BRS, enseignant-chercheur ENSAT
• Anne PERE, Présidente du collectif JOB, urbaniste



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Élus, aménageurs, urbanistes, paysagistes, opérateurs, architectes, entrepreneurs, tous travaillent de concert à construire ces nouveaux quartiers qui, selon les vœux des élus et des citoyens, doivent s’inscrire dans la perspective d’un “développement durable”.

Mais la plupart des professionnels, mis à part les élus et les bailleurs sociaux, travaillent dans la perspective de la livraison d’un « produit ». Ils mettent tout leur savoir-faire au service d’une même fin : l’image d’un nouveau quartier et de logements de rêve, avec soleil, espace, verdure… Tout est encore virtuel.
Et c’est lorsque ces nouveaux ensembles d’habitation sont livrés et vendus que l’histoire pour ces professionnels s’achève.

Or c’est ici que tout commence, et que se joue, dès les premières années, le destin d’un quartier. Au-delà des images de ces résidences de rêve que l’on trouve sur les affiches des promoteurs, de ces nouveaux quartiers qui veulent être un morceau de ville, c’est alors que les projets font l’épreuve du réel. Deux scénarios aussi opposés que le plus et le moins sont alors possibles :

I- On y est tellement bien, que tous veulent venir vivre dans ce rêve devenu réalité, les habitants y sont heureux et leur bonheur est communicatif. Les relations sociales y sont joyeuses, et les prix montent ; les reventes sont rares. Même le locataire social se sent privilégié et respecte ce privilège de telle sorte qu’il ne se distingue en aucune façon des autres habitants. Aucune discrimination ne se fait sentir.

II- Le quartier peine à se remplir, les mises en chantier traînent, les équipements se font attendre, les dessertes sont insuffisantes et les commerçants tardent à venir s’installer. La ZAC autrefois ambitieuse sur les écrans des concepteurs, et les images des promoteurs, tarde à prendre vie. On est pour longtemps encore dans un quartier dortoir.
Certains décident alors, autant qu’ils le peuvent, d’aller vivre ailleurs… Le quartier ne fait plus rêver, la demande est faible, les prix baissent, à la vente comme à la location. Les investisseurs ne s’y retrouvent plus,  baissent leurs loyers ou remettent leur bien en vente. Ceux qui viennent vivre dans le quartier ne le font plus par choix mais parce que le logement y est moins cher. Ceux qui ont le choix s’en vont, ceux qui ne l’ont pas les remplacent. Le tri social est à l’œuvre.
Les relations se tendent entre les premiers habitants qui ont le sentiment d’avoir été trompés, et les autres qui arrivent sans avoir rien choisi, jusqu’aux locataires sociaux qui s’y sentent plus ou moins relégués. Les discriminations insidieusement s’installent entre propriétaires et locataires, entre les résidences privées et les “HLM”.  Du rêve à la spirale infernale de la dévalorisation et du tri social, l’équilibre est aussi instable à l’instant zéro que l’œuf sur le sommet du mur.

La question majeure est alors posée : comment orienter cette évolution, comment faire des quartiers nouveaux en mettant en créant les conditions d’un développement “social” durable (car le social entraîne l’économique et l’environnement au sens large). Comment, autrement dit, “faire ville”. Pouillon avait-il tellement tort de dire que « depuis que l’on parle d’urbanisme on ne sait plus faire la ville » ?

Que fait-on, dès lors, pour que les habitants soient heureux de vivre dans leur nouveau quartier ? Et si à l’heure des hautes technologies, des immeubles intelligents, et de l’inflation des normes et label en tout genre, les seules conditions techniques ne suffisent plus à assurer ce bon devenir, si l’on comprend que l’avenir d’un quartier est aussi et avant tout une affaire humaine, l’affaire de ses habitants, une affaire de société, comment dès lors créer les conditions d’une vraie vie urbaine ?

Comment faire un véritable “morceau de ville”  avec un corps et une âme, quelque chose de vivant où l’on prend plaisir à se promener et à se rencontrer, où l’on gagne à vivre ensemble ?


 

M a r d i   2 3   j u i n  2 0 1 5

 

LE "CENTRE MÉRIDIONAL DE L'ARCHITECTURE ET DE LA VILLE"
PEUT-IL DISPARAÎTRE ?


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Avec la participation (ou le soutien*), entre autres, de :

Benoit MELON (DRAC), Philippe GONCALVEZ (prés. Ordre des architectes), Christophe SONNENDRÜCKER (urbaniste, prés. APUMP), Enrico CHAPEL (Professeur école d’architecture), Marie-Christine JAILLET* (universitaire, chercheuse CNRS), Roger METELLUS (prés. d’honneur d’AMO), Jean-Pierre HEGOBURU* (vice-prés. Conseil de développement), Guillaume DRIJARD (prés. de l’Union des comités de quartier), Jean-Pierre CORDIER (prés. AERA),

Rémi PAPILLAULT* (Professeur ENSA, architecte conseil DRAC), Catherine SOULA (ens. ENSAP-Paysagiste conseil de l’État), Jean-Paul COLTAT (D.G. Chalets), Christian NOAILHAC (dir. Crédit Agricole Immobilier), Jean-Yves PUYO (Urbaniste, APUMP), Claude MAURETTE (Ingénieur), Gérard Gasselin (Solidarité Villes), Afid El Alaoui (Maison de quartier Bagatelle), Régis GODEC (EELV), Thérèse PICHON (anc. élue Balma), Christian THOREL (dir. Ombres Blanches), Stefanie NEUBERT (dir. Goethe Institut), Francis BLOT* (Carrefour Culturel Arnaud Bernard), Jamal EL ARCH (ESMA), François HERBEL (Bois&Cie), Joël LECUSSAN (Mix’art Myrys), Salah AMOKRANE (Tactikollectif), Sarah BARRIERE (Architectes sans frontière), Abdul DJOURI (CACDU), Matthieu DUPERREX (Urbain trop urbain)...

*soutien des invités n’ayant pu se libérer ce soir .


Dans une période de profonde inquiétude, de perte de repères et d’austérité budgétaire, alors même que l’intelligence nous commande plus de solidarité, d’engagement, de coopération afin que par la crise, nos sociétés se renouvellent plus solidaires et innovantes, nous mesurons trop souvent l’inverse : la multiplication des fractures sociales, culturelles et politiques, la remise en cause des solidarités et des coopérations patiemment bâties au fil des années, les repliements identitaires de tous ordres...
La confiance dans l’autre et la foi dans l’avenir, indissociables, la rencontre et l’échange qui sont au fondement de toute création, de toute communauté urbaine, et de tout projet partagé, semble nous faire défaut.
Ce fut le projet du Centre Méridional de l’Architecture et de la Ville, fondé en janvier 2000, avec cette déclaration :


"L'architecture et la ville nous concernent tous, et c'est pourquoi il nous semble essentiel aujourd'hui qu'existe un lieu où ceux qui font l'architecture et la ville et ceux qui l'habitent puissent se rencontrer.
Comment, en effet, peut-on faire une ville qui soit celle de tous, si tous ne participent à son développement ? L'architecture, mais plus encore, la ville qu'elle induit, sont tributaires du temps et de l'autre (des autres) et c'est de l'avoir trop longtemps oublié que nos villes modernes se trouvent aujourd'hui cause de tant de souffrances sociales et humaines.
Mais les fractures ne sont pas seulement sociales, elles sont également culturelles ; entre les hommes de l'art et les hommes de l'argent, entre les hommes politiques et les hommes techniques, entre les décideurs et ceux qui ne décident plus de rien, il faut pour se comprendre que se construise une culture entre les cultures que tous puissent se rencontrer et débattre dans un lieu, un lieu qui soit à tous et à personne.
C'est proprement la vocation de ce lieu de culture, que de dépasser ces frontières culturelles qui nous empêchent encore aujourd'hui de concevoir ensemble les murs dans lesquels nous aurons à vivre ensemble.
Habitants, élus, architectes, promoteurs publics et privés, entrepreneurs, industriels, financiers, tous sont requis dans la formation de nos villes, tous sont donc invités à s'investir et à prendre possession de ce lieu qui devrait être le leur, le lieu de toutes les rencontres qui ne se font pas ailleurs ; car c'est le propre de la ville, objet de nos recherches, et c'est là l'origine de ses richesses."   
(Texte fondateur du CMAV, janvier 2000)
          Ce lieu symbolique s’est ainsi efforcé depuis 15 ans de lancer des ponts entre toutes les disciplines et les acteurs de la ville et du territoire, dépassant l’idée d’une architecture et d’un urbanisme trop exclusivement technique et esthétique, pour affirmer la dimension proprement politique d’un “vivre ensemble”. Sans cesse et de multiples façons nous sommes revenus sur la façon dont nous construisons ce monde que nous allons laisser à nos enfants, ces murs qui nous séparent et qui nous réunissent, défendant la participation de tous à cette œuvre commune, de sorte qu’en construisant ensemble, nous nous construisions comme communauté urbaine, aussi forte et harmonieuse qu’elle est unie et diverse à la fois.
          Or cette idée incarnée par le CMAV depuis l’an 2000, sérieusement mise à mal en ce début d’année 2015, du fait des forces centrifuges qu’engendre la crise et d’un concours de circonstances politiques et budgétaires, pourrait bien disparaître. “
Etant à tous et à personne”, il ne représente par lui-même aucune corporation, ni intérêt particulier, mais seulement notre intérêt collectif. Il n’est que d’intérêt général et c’est peut-être sa faiblesse en temps de crise. Né de la société civile et de l’intelligence collective de ses acteurs, c’est de la fidélité de ces acteurs et de la communauté des citoyens qu’il tire tout son sens.
          Il importe donc aujourd’hui de poser très ouvertement la question de ce sens et de son existence, puisqu’elle concerne potentiellement tous les citoyens de Toulouse et de sa région et bien au-delà :  
— Si ce lieu est superflu dans la situation présente, il faut avoir le courage de le reconnaître et de le fermer avec l’assentiment de tous.
— Si au contraire ce lieu dédié au vivre ensemble est plus que jamais nécessaire en cette année 2015, il faut mettre notre courage au service de notre foi en des jours meilleurs, et préserver cette œuvre collective, unique en France, et que tant de villes en France et à l’étranger disent nous envier.

          C’est à ce débat ouvert et participatif que nous vous convions de sorte que chacun puisse exprimer son point de vue, et mesurer les attentes plus ou moins diverses et nombreuse des citoyens concernés, des élus et des professionnels à leur service, à l’égard de ce lieu reconnu d’intérêt public.

 

Stéphane GRUET, architecte, philosophe, co-fondateur du CMAV.

 

M a r d i   2 8   a v r i l   2 0 1 5

 

en partenariat avec Taktikollectif

 

QUARTIERS ET PEUPLES DE TOULOUSE
Comment s'est formée notre communauté urbaine ?

Romuald PAGNUCCO, Maire de quartier Toulouse - Ouest
Djillali LAHIANI, Adjoint au Maire, délégué à la Jeunesse et à l’Insertion des Migrants
Salah AMOKRANE, Taktikollectif
Jamal EL ARCH, Président ESMA Echanges et Savoir
Hafid EL ALAOUI, Fondateur Maison de quartier de Bagatelle
Karine GOMES, Présidente de l’ AGART (Amicale Guyanais Antillais Toulousaine)
Slimane TOUHAMI, Docteur de l’EHESS, chercheur en anthropologie, LISST-CERS, Université J . Jaurès
Mohamed  ZENDJEBIL, Enseignant en Sciences Humaines et Sociales, ENSAT
Malika BOUDELLAL, Ethno-muséographe, consultante culture
Sara JABBAR-ALLEN, Coordinatrice, photographe, Alter Image

 

 

 

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Toulouse, de fondation romaine, a connu depuis ses origines d’innombrables arrivées de populations nouvelles, depuis les Wisigoths en passant par l’exode rural plus récent des pays alentour, jusqu’aux vagues d’immigration du siècle dernier qui furent italiennes, espagnoles, portugaises, puis maghrébines, et enfin, de façon plus diffuse, asiatiques et, à partir des années 90, issues de l’Europe de l’Est. Ces vagues de peuplement ont contribué naturellement au développement de la ville, allant là où celle-ci pouvait les accueillir.
      Chaque quartier de la métropole toulousaine a ainsi son histoire, qui est d’abord l’histoire de son peuplement dans laquelle s’enracine l’histoire de notre cité : une “histoire qui devient géographie” (Péguy). Cette histoire est ainsi pleine des résonances d’autres histoires antérieures, révolues mais non toujours résolues. Ces mémoires fondent pourtant des attitudes déterminant un avenir possible, l’unité possible d’un “peuple toulousain”, et tôt ou tard, une communauté nouvelle. Elles fondent nécessairement un projet qui doit être partagé et la construction d’une nouvelle identité, d’une nouvelle appartenance. Car c’est en construisant ensemble que l’on se construit comme une “communauté urbaine” véritable. Cette communauté dont l’impératif catégorique est d’être unie est donc une construction dont chaque pierre, chaque mur doit participer à l’équilibre du tout, un équilibre sans lequel il n’est pas de maison qui tienne. Mais il faut pour la stabilité de notre maison commune que chaque mur, quels que soient son âge et sa composition, soit bien fondé dans notre terre commune de sorte que nulle fissure n’apparaisse et ne fragilise cette construction d’hommes, cette communauté urbaine hors de laquelle nous ne pouvons plus grandir ni partager aucun projet.
      Si l’histoire, à force de brassage et de renouvellement de la ville sur elle-même, a fait ce travail pour les siècles et les millénaires antérieurs, elle est encore en plein travail pour le siècle dernier et le formidable accroissement de population et de quartiers nouveaux qui forment aujourd’hui notre aire métropolitaine. Comment pouvons-nous faire en sorte que toutes ces histoires, tous ces quartiers participent pleinement d’un dynamisme urbain qui est la condition même de l’unité de notre métropole ? Comment résoudre cet écart quelquefois douloureux entre une histoire encore sensible dans la mémoire des peuples de Toulouse et la nécessité d’une histoire commune qui puisse fonder notre appartenance à une même cité en devenir, riche de sa diversité, où tous participent à la création d’un avenir meilleur ? Comment contribuer au récit de cette métropole, pour en fonder la réussite ? Quels espaces de mémoires et de sociétés créer pour dire la métropole ?

 

 M a r d i   2 4   f é v r i e r   2 0 1 5

 

 LES CULTURES URBAINES FONT-ELLES LA VILLE ?

 (particavec la participation de :
Jean-Luc LAGLEIZE, Adjoint au Maire,
chargé des opérations de développement urbanistique
Marie-Jeanne FOUQUET, Adjointe au Maire,
Maire de quartier (Mirail, Reynerie, Bellefontaine)
Benoît MELON, Architecte urbaniste en chef de l’Etat,

conseiller à la DRAC
Maxim JULIAN, Président CMAV
Jean LARNAUDIE, Président de la Maison de l’Architecture
Jean-Marc BROQUA, Secrétaire général à La Grainerie
Nathalie BRUYERE, Designer et enseignante à l’isdaT (Beaux-Arts)
Pierre BOISSON, Directeur artistique du festival de rue de Ramonville
Salah  AMOKRANE, Tactikollectif
Zedrine, Artiste spoken-word (slam)
Abdul DJOURI, Artiste chorégraphe hip-hop
Mihommemiloud, Jardinier, auteur, slameur

 

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        “Cultures urbaines” est un terme quelque peu institutionnel par lequel on désigne depuis une trentaine d’années les pratiques créatrices nouvelles et informelles dans l’espace public, sportives (skate, parkour,...), dansées (hip hop, breakdance...), musicales (rap, slam...), théâtre de rues et arts du cirque, arts picturaux et sculpturaux (graph, street art…), architectures participatives et dispositifs urbains éphémères, et autres modes de création non académiques, métissés, qui remettent en cause l’ordre social et culturel établi et tendent à le renouveler.
Mais on pourrait à bon droit étendre cette expression de “cultures urbaines” à toutes les formes d’échanges créatives de valeurs nouvelles, qui sont “sociales” avant de devenir économiques et financières. Et ce sont bien ces pratiques alternatives et cette créativité qui se renouvellent en temps de crise, que favorisent les concentrations humaines, en ce qu’elles supposent une multiplicité de rencontres, d’échanges de tous ordres et de créations qui font la richesse d’une ville.
        Car le renouvellement dans le domaine de “La Culture” au sens étroit, se développe dans l’ensemble de la création d’activités inscrites dans l’économie urbaine. C’est sa part la plus sociale et informelle (échanges de savoirs, fablab, co-working, insertion, learning by doing, do it yourself, co-voiturage, co-housing, amap, jardins et cuisines collectives... cf. We Traders / Sous la crise la ville) qui donne naissance, nourrit et supporte la part plus formelle (coopératives d’activité, start-up, pépinières d’entreprises, nouvelle économie coopérative…), tout aussi créatrices et culturelles que les pratiques sportives et arts de représentation.
         Ces arts et pratiques sociales, économiques et culturelles témoignent d’une créativité urbaine née le plus souvent du manque d’activité et de perspectives de la jeunesse surtout, notamment dans les quartiers déshérités des pays industrialisés, et d’une volonté très large des citoyens de prendre en main leur avenir collectivement par des communautés ouvertes. Ce pourquoi ils débordent tous les cadres disciplinaires et institutionnels pour renouveler les formes d’échanges et les cultures propres à nos “communautés urbaines” dont la part la plus jeune est de plus en plus ouverte aux autres et au monde.
        Car si certains arts et pratiques peuvent être socialement clivants, tels le golf, l’opéra ou l’art contemporain, ces arts et pratiques qui se développent dans l’espace publique, ouverts à tous et s’adressant à tous, semble réaliser un véritable melting-pot social, culturel et ethnique, là où les arts et sports officiels ont en France le plus souvent échoué à dépasser les fractures sociales et les discriminations. Ces modes de participation à l’espace public adoptent naturellement l’esprit urbain le plus avancé, privilégiant l’échange horizontal le plus ouvert, la plus grande liberté formelle, et un esprit de gratuité dépourvu de tout calcul et de toute spéculation, ce qui fut toujours les conditions d’une authentique créativité.
        Si l’on admet alors l’idée que la fin de toute concentration urbaine pourrait bien être la synthèse d’un esprit de création, et que c’est cet esprit agissant qui fonde simultanément l’unité organique (diversification et équilibre des activités), le dynamisme, l’attractivité et la véritable richesse d’une ville, alors les “cultures urbaines” qui sont sans doute les plus vivantes et créatives des “cultures“ aujourd’hui, sont l’eau vive, la sève la plus riche et créatrice de nos villes, et sont, pour cette raison, porteuses de leur avenir.
         Dès lors il importe, non de développer cette richesse potentielle par des aides et un contrôle institutionnel et politique, ce qui pourrait bien la tuer dans l’œuf, ni d’en exploiter le potentiel spéculatif par des investissements semblables à ceux qui vont sur le marché de l’art officiel, mais de développer les conditions économiques du développement de cette créativité, par l’ouverture d’espaces publics à ces pratiques au cœur de nos villes, d’en favoriser la communication, et de faciliter la reconnaissance, le soutien et le développement par les acteurs de l’économie formelle, et les milieux financiers éthiques responsables socialement et économiquement, susceptibles de parier sur le développement de telle ou telle innovation sociale, pratique ou artistique, et plus généralement créative au plan technique ou économique. Ce qui revient à parier sur le fait que toute richesse naît d’abord des hommes, de leurs échanges et de leur libre créativité, qu’elle est donc sociale et éminemment urbaine, avant d’être économique et financière.
D’où notre question : les “cultures urbaines” font-elles la ville ?

EN BREF 

L'AERA déménage, nouvelle adresse à partir du 20 mars : 5 rue St Pantaléon, 31000 Toulouse

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